Lorsque des milliers de personnes, des centaines de milliers de personnes ont vécu la même émotion, croyance ou attitude, cette émotion crée ce que Rupert Sheldrake appelle un champ morphique de résonance. Avec comme conséquence que ce champ exerce une attraction irrésistible et que les vivants sont captés par cette résonance, sans pouvoir faire autre chose que d’imiter instinctivement l’expérience de cet immense groupe de personnes.
La résonance d’un champ nous happe lorsque, à un moment donné, nous vivons quelque chose de très intense. Nous faisons alors partie du champ d’expérience de centaines de milliers d’autres personnes qui vécurent la même chose. Notre expérience enrichit ce champ et augmente sa résonance.
Mais lorsque se termine ce qui justifiait ce vécu intense, lorsque par exemple l’intrication systémique disparaît, nous remarquons que nous n’arrivons pas à nous libérer du vécu, nous continuons à le répéter même s’il n’a plus aucun sens dans notre vie, et ce simplement parce que nous continuons à former partie de ce champ.
Le présent exercice permet précisément de sortir de l’influence d’un champ morphique.
L’exercice peut se faire à deux ou seul. Je le décris ici pour une seule personne.
Je regarde en direction de la vie, je regarde la vie telle qu’elle est, la vie avec la mort.
Je vois les êtres humains, chacun avec son destin, naissant, vivant, mourant.
Chaque vie est conçue, aimée et mue par Quelque Chose de plus grand.
Et derrière moi, je vois ce qui est achevé.
Je me tourne vers ce qui est déjà achevé et je le remercie.
Et quand je veux me tourner à nouveau vers la vie, je me rends compte que quelque chose retient mon regard, quelque chose de grand m’attire, je ne peux m’en détacher pour me tourner vers la vie.
Maintenant, je vais représenter ce qui retient mon regard. Je me place là où je regardais, debout sur une chaise. Je sens la force de ce champ et j’attends jusqu’à ce que je sente ce que ce champ transmet. (Si nous sommes deux, la personne sur la chaise dit à l’autre ce qu’elle ressent à ce moment-là).
Je redeviens moi-même, je retourne à mon personnage, je prends conscience du ressenti de ce champ avec lequel je résonne. Je prends conscience que cette résonance m’empêche de voir le reste, m’éloigne de la réalité, me coupe de la vie.
J’honore ce champ, j’honore la multitude de personnes qui ont vécu la même chose que moi.
Je dois me prosterner complètement pour que cette action d’honorer parvienne à toutes ces personnes.
Et je leur dis « merci d’être telles que vous êtes ».
Je me tiens dans cette attitude de respect et de gratitude jusqu’à percevoir que le champ est devenu plus petit et qu’il est descendu de la chaise ; peut-être même puis-je le prendre dans mes bras avant de sentir que je suis désormais libre pour avancer avec décision vers la vie.