Revue Hellinger Sciencia, juin 2007

Il existe souvent dans un couple un concept selon lequel le couple doit rester uni. Je ne cultive pas ce concept. En observant comment les individus sont liés à la diversité et vivent en même temps une vocation propre, il m’apparaît clairement que le couple est parfois un obstacle à la croissance personnelle, et qu’il s’avère nécessaire d’y renoncer, par loyauté envers soi-même. Oui, cela arrive.

Je demande généralement aux deux membres du couple de dire une phrase intérieurement. L’homme le dit intérieurement à la femme et la femme le dit à l’homme. Cette phrase est : « Je t’aime et j’aime ce qui te guide et ce qui me guide, tel que cela nous guide ». Alors s’achève le besoin de contrôler l’autre, et aussi la peur d’être accaparé. Parce que les deux regardent alors au-delà du couple, et voient quelque chose de plus grand.

La présence des morts
Nous voyons souvent que les morts sont ici et qu’ils agissent dans notre présent. Ils agissent également au sein du couple, lorsque quelque chose de particulier s’est produit dans le passé.

Il est fréquent que la mort, étant un processus, reste inachevée. Dans cette constellation, il a été révélé que le soldat américain que ton père, a tué a besoin de quelque chose de plus pour trouver la paix. Il a besoin de respect envers son destin et un regard compatissant envers lui et ses parents. Le représentant de ton père l’a montré de manière très profonde. Pas étonnant que ton père se réfugie dans l’alcool. Parce qu’il n’a pas fait ce qu’il fallait.

Mais quelle profondeur a été donnée à voir ici !

Soudain, tous deux (le père et sa victime) ont été attirés l’un vers l’autre par une grande force, avec un respect et un amour particulièrement profonds. À partir de là, la voie est libre pour l’avenir. Comme nous l’avons vu, ton père était attiré par la mort du soldat américain qu’il avait tué. Il voulait être avec lui. Tu es aussi attiré dans la même direction, pour mourir à sa place, parce que tu l’aimes. Tu ressens son chagrin. Ton chagrin est son chagrin, nous avons pu le voir ici. Après la réconciliation entre eux, ton chagrin peut diminuer, car ton chagrin et son chagrin vont de pair.

Grandir dans un destin commun
Ce que nous voyons ici, c’est qu’au-delà de l’amour entre l’homme et la femme, d’autres forces sont à l’œuvre.

Quand l’homme rencontre la femme, elle devient son destin et il devient son destin. Littéralement, la famille d’origine de la femme devient le destin de la famille d’origine de l’homme. Un réseau dense de liens apparaît, dans lequel les individus sont liés entre eux. Parce qu’ils ont un destin commun. L’homme partage le poids du destin de la femme et la femme partage le poids du destin de l’homme.

Il arrive aussi que le destin de l’un s’oppose au développement et à la vocation de l’autre, de sorte qu’il faut se séparer. Uniquement lorsque les deux grandissent dans le même destin, cela est bénéfique pour les deux. Mais lorsque l’un est obligé de prendre en charge le destin de l’autre, il est entravé dans sa propre croissance. Il doit alors s’éloigner, par fidélité à sa propre voie. L’autre n’a pas le droit de le retenir.

La tolérance
Comment réussir un bon couple ? Quand on s’éloigne un peu de la morale. Je conseille aux couples de s’offrir un cadeau mutuel, qui consiste à tolérer au moins dix péchés. Quand un d’eux surgit, il faut le rayer de la liste. Il en reste encore neuf. Sentez-vous à quel point votre relation s’approfondit ? C’est comme ça que sont les êtres humains. Ces petits péchés les rendent sympathiques.

Nous avons besoin les uns des autres
Qui, dans le couple, a le moins besoin de l’autre ? Il s’agit d’une question importante. Un couple est réalisé lorsque les deux parties ont besoin l’une de l’autre. Cela va à l’encontre de l’idée moderne d’autonomie et de « chacun fait sa vie et peut le faire bien », mais nous sommes humains parce que nous avons besoin les uns des autres. Nous sommes humains dans la mesure où nous avons besoin les uns des autres – et nous pouvons le reconnaître. Ici s’achève la liberté et commence le bonheur.

Le nouveau
Au fil des ans, j’ai reçu une compréhension importante au sujet du mariage. Un seul mariage n’est pas suffisant. Il faut le répéter. Dès le début, avec l’amour, les fiançailles et le mariage. Mais cela n’est généralement possible que lorsque le premier mariage est terminé. Concrètement, cela signifie que l’on ne recommence pas avec le passé. Même pas en pensée. Rien n’est plus ennuyeux que des pensées obsolètes.

Une dernière chose que je voudrais dire sur la déception dans un couple. Quelle est la plus grande déception dans un couple ? Que l’autre ne soit pas comme sa propre mère. C’est la plus grande déception.

Mais le couple est – et mieux.

La relation de couple en tant que relation de groupe
Une relation de couple, ça n’existe pas. Avez-vous déjà vu une relation de couple ? Cela n’existe pas. C’est une illusion. Dans chaque être humain, nous rencontrons de nombreux êtres humains. Dans le passé, j’ai dit d’une manière distraite : chaque personne est un groupe. Dans la relation de couple, donc, c’est une relation de groupe, la relation entre deux groupes, deux groupes puissants. Un groupe est au service de l’autre. Chaque groupe cherche un autre groupe, pour mettre de l’ordre dans ses propres affaires. Parfois, cela réussit.

Vivre avec nos limites
Notre temps de vie est, de toute évidence, préétabli. Personne ne peut allonger le temps qui lui est imparti. Et personne ne peut le raccourcir.

Lorsque quelqu’un s’inquiète pour un autre, par exemple un partenaire, on peut simplement imaginer, comme une image intérieure : combien de temps lui reste-t-il ? Lorsque quelqu’un est malade, même s’il s’agit d’un enfant, on peut imaginer : combien de temps lui reste-t-il à vivre ? Puis un sentiment particulier apparaît. Parfois, le temps qui reste est court. Cependant, il ne faut rien entreprendre. Nous n’avons pas le pouvoir de changer le destin de l’autre. Au lieu de cela, nous pouvons nous incliner devant le temps court, tel qu’il est pour nous. Il ne sert à rien de résister. Nous nous contentons de notre temps limité.

On a parfois l’illusion que le temps est limité, sans que cela soit ainsi. Alors des surprises nous attendent. Quelqu’un vit plus longtemps que prévu. C’est agréable quand cela arrive. Pour nous, il s’agit vraiment d’une attitude intérieure. Lorsque nous parvenons à nous abstenir d’interférer dans le destin de notre partenaire, nous gagnons en force et restons concentré.
Il se peut que l’un des deux se soit chargé d’une culpabilité. Cette culpabilité a des conséquences. La conséquence de la culpabilité peut être une séparation. Elle est déterminée par la culpabilité. Les conséquences font partie de la culpabilité. Nous ne pouvons pas intervenir pour épargner à quelqu’un les conséquences de sa culpabilité, et nous ne devons pas non plus les porter, comme le font parfois les partenaires.

J’ai observé la chose suivante : lorsqu’une personne pense qu’elle doit mourir, son partenaire lui dit « Je meurs à ta place ». Pour la personne qui veut mourir, c’est d’une part un soulagement et d’autre part un fardeau. Naturellement, ces mouvements sont liés à quelque chose de plus grand. Je ne parle ici que de l’apparent. Lorsque nous insistons pour demander à quelqu’un d’assumer les conséquences de sa culpabilité, par exemple sa culpabilité envers nous, ou lorsque nous avons l’intention d’assumer les conséquences de notre culpabilité envers lui, comme il le fait, alors une tranquillité affleure dans la relation, et elle s’élève à un niveau supérieur. Elle exige un renoncement et, en même temps, quelque chose de l’esprit y pénètre qui n’était pas là auparavant. Car l’esprit est impartial face à tout. Nous entrons alors dans un mouvement de l’esprit créateur. Il est à la fois dédié à tout et libre de tout. C’est un visage de l’amour, qui se donne à tout sans être enchaîné.