Les piliers de la relation de couple sont l’amour, donner et recevoir, la sexualité, l’intimité (ou l’échange affectif) et la vie en commun.

Nous nous souviendrons toujours qu’il n’y a pas de lois mais une observation du phénomène « couple ».

Chaque couple est un cas particulier. Il n’y a pas de modèle standard. De plus, chaque époque, chaque société a ses désordres spécifiques, ses désordres établis, ses compensations…

L’incomplétude de notre expérience de couple est le moteur de son évolution, de notre désir de l’améliorer et de notre créativité pour ce faire.

L’expérience du couple est soumise à tous les va-et-vient de la vie, et sera le reflet de tous les conflits non résolus des deux personnes ainsi que des interférences de chacun de leurs systèmes familiaux.
Ne pas être en couple est une compensation systémique qui nous indique une intrication grave que le système cherche à soigner. Et cela sera possible essentiellement grâce à l’acceptation inconditionnelle de son propre destin par la personne célibataire.

L’amour

L’amour est une présence de fond, non pas un sentiment mais une attitude. C’est l’acceptation inconditionnelle et reconnaissante de l’autre, tel qu’il est.
C’est « je te prends tel que tu es. Merci pour m’avoir été donné. Merci d’être tel que tu es ».

Nous apprenons l’amour avec nos parents. Tout ce qui nous sépare de l’amour inconditionnel à nos parents interférera entre nous et les autres. S’il y a eu un « mouvement interrompu de l’amour » envers le père ou la mère, il sera aussi présent envers le partenaire.

L’amour s’apprend et se répare avec les parents. Lorsque notre amour envers eux coule, alors il coulera aussi en direction des autres.

Tomber amoureux est un mouvement aveugle, cela ne permet pas de voir l’autre, nous voyons uniquement ce dont nous avons besoin, ce que nous projetons. Tomber amoureux est une impulsion que nous ne pouvons pas contrôler, qui vient de loin, qui vient de la nécessité de guérir ou de compenser quelque chose de notre système familial grâce à cet autre qui nous attire.

Par la suite, avec l’amour à deuxième vue, la personne découvre enfin comment est l’autre : quelqu’un d’aussi imparfait qu’elle-même, qui ne correspond en aucune manière à l’idéal de couple qu’elle s’imaginait. Au fond, cet idéal est toujours une projection de la mère, non pas celle que nous avons eue en réalité mais plutôt l’image d’une mère idéale.

L’amour à deuxième vue est un amour adulte qui prend l’autre tel qu’il est, et mes nécessités telles qu’elles sont. Une partie de mes nécessités pourra être couverte par la relation, et une grande partie ne le sera pas…Je continuerai d’être responsable de mes manques et de leur guérison.

Les trois paroles-clefs de l’amour sont : oui, merci, s’il te plaît.
Oui, je t’aime tel que tu es,
Merci d’être tel que tu es, merci pour tout ce que tu m’as donné,
S’il te plaît, j’ai besoin de toi.

Ce qui tue l’amour

Vouloir changer notre partenaire, ou désirer qu’il change est un manque d’amour et de respect. C’est le germe de la séparation. Idéaliser quelqu’un c’est lui manquer de respect.

Les –ismes tuent l’amour. Machisme et féminisme ont un objectif : le pouvoir sur l’autre. Ils ne permettent pas que l’amour se développe, ils le poursuivent comme un ennemi. Car s’il y a amour, il n’y a pas de position de pouvoir.

Lorsque nous entrons en rivalité de pouvoir avec notre partenaire, nous sommes en train de semer la graine de la séparation. Nous sommes entrés dans un jeu de manipulation, nous sommes aveugles et sans amour. Nous ne voyons plus l’autre personne. Nous nous trouvons dans le passé, à vivre une rancune, un ressentiment ou une vengeance du passé, de notre enfance ou de nos ancêtres. Nous projetons un ancien schéma destructif sur notre partenaire, nous ne le voyons pas et nous ne voulons pas l’aimer.

Manipulation et violence
Lâcher les champs de mémoire

Le passé distord notre perception du présent. Ce passé est habituellement celui de notre système familial, ou de notre enfance.

Le couple forme une communauté de destins, ce qui signifie que la relation de couple est nécessaire pour les deux systèmes familiaux : les deux membres du couple forment à partir de ce moment, et pour l’avenir, une nouvelle communauté de destins, créée par la fusion de leurs systèmes d’origine. Ce qui implique que les deux partenaires sont complémentaires, et tout ce qui est vécu dans le couple est partagé à cinquante pour cent par chacun, inclus la manipulation et la violence.

Dans l’enfance, la relation symbiotique avec la mère a nécessairement eu des carences. En grandissant, l’individu, homme ou femme, cherche une nouvelle relation symbiotique, à présent adulte et sexuelle, sur laquelle elle projette le vécu de l’enfance, d’une part pour le reproduire comme schéma et d’autre part pour simultanément tenter de résoudre ce qui est resté sans solution dans la relation à la mère pendant l’enfance. Mais cette tentative est vouée à l’échec. Devenir adulte signifie nous accepter tel que nous sommes.

Cette tentative de résoudre le passé est la base de la manipulation et existe dans tous les couples, car elle est constitutive de cet espace d’intimité. Dans la manipulation, nous cessons d’être dans notre état adulte et nous laissons entraîner dans les rôles de victime et d’agresseur, et ainsi nous cherchons à rendre l’autre responsable de notre manque. C’est pourquoi la manipulation est profondément malhonnête.
Lorsque l’un des deux se rend compte du « jeu », celui-ci cesse.
La manipulation à son degré maximum aboutit à la destruction des deux personnes : l’un mort et l’autre en prison, ou bien les deux morts. Chacun a été simultanément victime et agresseur, se vengeant avec un sentiment de justice, sans jamais assumer sa responsabilité.

Au delà de l’enfance, chaque personne est en lien avec une image de couple qu’elle fait sienne par fidélité aux champs de mémoire avec lesquelles elle est intriquée ou reliée. Cette image empêche de vivre le présent.
Les images possibles sont variables : époux tyran/épouse victime, époux tyran/épouse avec ressentiment, dans la haine et le mépris, époux victime/ épouse vengeresse, « féministe », tyrannique. Ou bien couple d’une seule personne : veuf/ve, divorcé/ée, etc.
Derrière ces images se trouvent les croyances destructives comme « tous les hommes sont… », « toutes les femmes sont… », « l’amour entre homme et femme est impossible… », « l’amour pour moi est impossible… ».

Ce dont les ancêtres ont besoin c’est que nous les voyions, avec amour et respect, et que nous compensions leurs échecs au lieu de les imiter.
L’homme doit consentir au fait qu’il appartient au monde des hommes (maris et pères), quelle qu’ait été l’histoire de ces hommes, qu’il leur redonne leur responsabilité dans les torts qu’ils ont causé aux femmes, qu’il rende hommage à leurs souffrances, les remerciant d’être un homme comme eux. Par la suite, il peut honorer le monde des femmes, leur douleur, souffrances et humiliations, leur rancoeur et leur mépris du masculin.

La femme doit consentir au fait qu’elle appartient au monde des femmes (épouses et mères), quelle qu’ait été l’histoire de ces femmes, qu’elle leur rende leurs circonstances et leur responsabilité, qu’elle honore leurs souffrances, les remerciant d’être une femme comme elles. Par la suite, elle peut honorer le monde des hommes, leur arrogance, leur expiation, leur solitude.

Donner et recevoir

Donner nous permet de payer une dette antérieure, ce qui nous soulage toujours, nous rendant plus heureux et plus vivants. Donner nous permet de rendre ce que les parents nous ont donné.

Recevoir nous rend dépendant de celui qui nous a donné, jusqu’à ce que nous puissions rendre quelque chose d’équivalent. Par conséquent, il est plus agréable de donner que de recevoir. Recevoir nous met dans une position de débiteur. Donner nous permet d’exiger.

Celui qui veut recevoir uniquement est un enfant qui ne veut pas grandir. Peut-être qu’il montre un enfant exclu.

Celui qui veut donner uniquement a peur de se sentir coupable, débiteur. Il veut se sentir supérieur. Il n’aime pas.

Les deux membres du couple sont égaux en droits. Tout tend à s’équilibrer : ce que l’on donne et ce que l’on reçoit. Tout s’équilibre automatiquement, inconsciemment, entre l’amour que l’un donne à l’autre, les obstacles que l’un apporte depuis le passé, les torts que l’on cause. Lorsque cela ne s’équilibre pas, il naît une tension dans le couple, celui qui reçoit plus qu’il ne peut rendre se fâche et s’en va… à moins qu’il n’arrive à remercier l’autre. Un exemple est celui des couples où l’un des deux souffre d’invalidité, ce qui fait qu’il reçoit plus qu’il ne peut donner.

Les obstacles que nous apportons dans le couple peuvent être par exemple une maladie d’un des partenaires, ou les enfants d’un mariage antérieur. Ce sont des obstacles dans la mesure où ils exigent plus de l’autre, de celui qui n’est ni le père ni la mère des enfants. Il faudra permettre une compensation à ce partenaire, sinon son inconscient la cherchera et le résultat sera bien pire.

La projection du couple dans l’enfant est une nécessité naturelle. Le système familial l’exige ainsi pour sa survie. Lorsque, dans un couple, l’un des deux ne peut pas ou ne veut pas avoir d’enfant, celui qui ne peut avoir de descendance rend sa liberté à l’autre, et celui-ci peut se repositionner face à leur compromis, éventuellement se séparer, pour avoir un enfant avec un nouveau partenaire. (…)

Brigitte Champetier de Ribes