Bert Hellinger à Ávila, Espagne, février 2015

Séance du matin

La plupart d’entre nous avons vécu très tôt une séparation d’avec notre mère… : parce que nous étions malades quand nous étions enfants ou parce que nous avons été emmenés ailleurs pendant un certain temps. Ensuite, nous n’avons plus osé nous approcher de notre mère. Cette séparation précoce a des conséquences profondes, pour toute la vie, et a un effet sur les relations ultérieures.

À la fille : tu regardes ta mère et tu fais de petits pas vers elle, jusqu’à ce que tu puisses t’intégrer à elle… et nous faisons tous ce mouvement…

La mère ne bouge pas, elle reste là, debout.

Bert : Regarde ta mère, regarde toujours ta mère. Regarde-la dans les yeux.

Elle marche jusqu’à embrasser sa mère. Elles restent longtemps enlacées.

Elles ne regardent que l’une l’autre, le père, exclu, agite la jambe et le bras droit.

Bert : Le père tremble.

La fille serre son père dans ses bras et il continue de trembler, la mère tient le bras du père pour qu’il serre sa fille dans ses bras, mais il ne cesse de trembler… elles se lâchent… et la mère se place à gauche et la fille à droite.

Bert : Qui n’a pas de place pour sa mère ? Le père continue de trembler…

Nous tous ici présents, nous regardons d’abord notre mère, puis notre père… A-t-il une place ? Est-il respecté ? A-t-il le droit de rester en vie ? Pouvons-nous retrouver notre mère sans notre père ?

Nous sommes tous venus au monde grâce à notre mère et à notre père. Peuvent-ils être en dehors de nous ? Ils sont en chacun de nous.

Nous sommes notre père et notre mère en même temps et dans la même mesure.

Et maintenant, nous regardons intérieurement les relations importantes que nous avons en ce moment : notre partenaire, nos enfants.

Si nous nous percevons comme une unité avec notre père et notre mère, qu’est-ce qui change pour notre partenaire ? Qu’est-ce qui change pour nos enfants ?

Et qu’en est-il de notre relation avec notre travail, dans notre entreprise ?

Bert : J’aimerais ajouter quelque chose au sujet de la mère : j’ai observé que lorsqu’un entrepreneur configure son entreprise de ce côté-ci, son entreprise se trouve de l’autre côté.

Une entreprise est toujours représentée par une femme… et l’on observe souvent que l’entrepreneur ne bouge pas. Je place la mère en face et cela se répète… Personne ne bouge (la mère et le fils). Je fais alors un mouvement comme celui que nous avons fait ici. S’il parvient à se rapprocher de sa mère, je le replace face à l’entreprise et la solution pour l’entreprise consiste souvent à ce que l’entrepreneur se rapproche de sa propre mère.

Quelque chose d’autre sur un mouvement interrompu vers la mère.

Les observations faites à travers la constellation montrent que la plupart d’entre nous avons vécu une séparation précoce, et cela a un effet sur nos relations. Cela se répète par exemple dans le couple et même chez nos propres enfants. C’est pourquoi il est essentiel que nous menions ce mouvement vers un but, comme nous avons pu le voir ici.

Exercice qui aide à cette rencontre avec la mère.

Fermez les yeux : nous remontons à nos premiers moments, lorsque nous étions près de notre mère, nous retournons à cette époque. Nous avons tous pu vivre cette expérience d’unité profonde avec notre mère, et nous restons là pendant un moment, notre mère et nous.

Quel bonheur immense.

Nous et notre mère.

Et si, en même temps, nous pouvons regarder notre père, à cette époque où papa et maman se tenaient la main dans les moments de bonheur.

Ainsi, nous aussi, nous embrassons notre âme et nous nous sentons heureux.

L’importance de la mère :

Bert : Je vais vous le montrer avec un exemple concret : j’ai donné un cours avec beaucoup de participants… Une femme avait un cancer. Je lui ai dit : « Imaginez que votre mère se tient devant vous, à une certaine distance, et maintenant, inclinez-vous vers votre mère, inclinez-vous profondément. » Elle n’y est pas parvenue, elle est restée droite.

Je lui ai dit : « Je ne peux pas et je ne dois pas… je ne peux rien faire pour toi » et j’ai interrompu l’exercice.

Son mari, qui était médecin, m’a écrit ; un an plus tard, elle a pu s’incliner devant sa mère et le cancer a disparu.

Grâce à sa mère, elle a pu guérir.

Les constellations familiales ont un effet considérable sur notre santé si notre mère occupe une place dans notre âme.

Maintenant, nous effectuons cet exercice pour nous-mêmes.

Nous fermons les yeux et nous contemplons un problème que nous avons, par exemple une maladie ou quelque chose que nous ne pouvons pas réaliser, et maintenant nous regardons notre mère avec gratitude, avec joie, dans ses bras heureux, et nous lui disons : « Chère maman, toi seule » ; et nous sentons comment elle vit en nous, comment elle se trouve dans notre corps ; son cœur bat dans notre cœur et notre cœur bat dans le sien.

Ce cœur bat éternellement, le cœur bat avec quelque chose d’éternel, il bat toujours… même après notre mort… et ainsi, intérieurement, nous nous sentons grands… et nous y parvenons mieux si, à côté d’elle, nous pouvons visualiser notre père.

Notre mère, notre père, un.

Bert : Tu es à côté de moi, mais tu n’es pas seul, ton père et ta mère sont là aussi, ton père à droite, ta mère à gauche, et ils me disent quelque chose à ton sujet. Sais-tu ce qu’ils me disent ? Que tu es merveilleux. Comment te sens-tu maintenant ?

Participant : Bien.

*****

Bert : Elle est à côté de moi, je ne la regarde pas, ce n’est pas nécessaire ; je la vois sur un long chemin et elle ne se retourne pas. Maintenant, regarde seulement devant toi ; devant nous, il n’y a pas de problèmes, tous les problèmes sont pour ceux qui regardent en arrière. Et maintenant, regarde devant toi. Je te souhaite le meilleur.

*****

Bert : « Ton père t’attend. C’est de lui que vient toute ta force. »

Qui veut poser une question ?

Participant : Il a senti que sa mère ne voulait pas se séparer de lui…

Bert : il y a un chemin, le chemin vers papa. Ferme les yeux et dis à ta mère : « Je l’accepte maintenant complètement. » Dis-le intérieurement. À lui aussi.

Comment te sens-tu maintenant ?

Participant : Je guéris.

*****

Bert : (S’adressant à une participante) Ton sentiment de séparation avec ta mère… ce ne sont sûrement pas des séparations physiques, mais plutôt que ta mère regarde ailleurs.

Bert : « Elle te tient à l’écart », tu n’as pas ta mère ; peut-être que tu lui dis : « je suis seule ». Et sans mère, tu n’as pas non plus de partenaire, avec la mère vient le bonheur.

*****

À propos des constellations familiales.

Bert : Nous appelons ce travail « Constellations familiales ». La question est la suivante : si nous travaillons avec des clients, où se situe pour nous le reste de la famille ?

De nombreux facilitateurs sont des thérapeutes ; ils ont une formation thérapeutique et si quelqu’un vient les voir avec un problème, ils adoptent l’attitude d’un thérapeute, ils demandent : « Quel est votre problème ? » ; vers qui le facilitateur se tourne-t-il alors ? Regarde-t-il la famille ou une personne en particulier ? Voit-il dans le client sa propre mère ? Et surtout, voit-il en lui son propre père ? Voit-il ses frères et sœurs ?

Son regard remonte dans le temps, vers de nombreuses générations qui sont présentes pour lui… Il voit par exemple les enfants avortés. Le client a peut-être un mouvement intérieur qui le conduit vers la mort.

Inquiétude pour un enfant

Bert : Dans un groupe, j’ai demandé : « Qui parmi vous s’inquiète pour un enfant ? » Beaucoup ont levé la main. Je leur ai alors demandé : « (Tous avaient levé la main parce qu’ils s’inquiétaient pour un enfant). Comment vous sentiriez-vous si cet enfant pour lequel vous vous inquiétez venait à mourir ? Vous sentiriez-vous mieux ou moins bien ?

Et tous ceux qui avaient dit s’inquiéter pour leur enfant se sont sentis mieux.

Maintenant, regardez ce que vous percevez, ce que vous ressentez. Vous n’avez qu’à le ressentir.

Lorsque j’ai pu observer cela dans une constellation, une autre chose importante m’est apparue :

il y a deux mouvements fondamentaux dans les constellations familiales et ils ont un effet à long terme. Deux mouvements fondamentaux de base : l’un vient de la mère et l’autre de l’enfant.

Ce que je vais dire maintenant va en effrayer beaucoup, mais je le dis en me concentrant sur la solution, en me concentrant sur la question : qu’est-ce qui sauve un enfant ?

Beaucoup de mères qui se sentent coupables pour une raison ou une autre, par exemple après un avortement ou après plusieurs avortements, veulent mourir intérieurement, alors elles disent à leur enfant : « Meurs à ma place ». C’est comme une condamnation à mort. On ne le dit pas ainsi, mais ressentez-le.

Il y a quelque chose de similaire dans la vie, par exemple un sentiment de culpabilité associé à la peur qui, à cause de cette culpabilité, vous donne envie de mourir ; alors vous dites intérieurement à un enfant « meurs pour moi ».

Maintenant, regardez vous-mêmes, dans votre enfance, vous avez dit à votre mère : « Moi pour toi ». Comment se sent alors l’enfant ? Toujours grand, supérieur. « Moi pour toi ». Et que se passe-t-il alors avec l’enfant ? Il expose sa vie.

C’est maintenant la période des épreuves de ski, par exemple : ces sauts si dangereux, n’est-ce pas de la folie de faire une chose pareille ? Tous, oui, oui, ils devront dire tout cela. Tous disent intérieurement à leur mère « moi pour toi ».

Tous ceux qui courent avec des voitures, tous les sports dangereux, tous disent : « Moi pour toi » et en même temps, ils se sentent grands.

Nous le ressentons en nous-mêmes, nous nous trouvons dans une situation similaire, par exemple, si nous aimons regarder ces sports dangereux. Ces sportifs qui risquent leur vie, ne sont-ils pas seulement des enfants ?

Toutes les tragédies, les grandes tragédies de Shakespeare, parlent d’un héros qui meurt toujours pour sa mère.

Bert : Fermons les yeux :

Nous regardons notre mère et nous lui disons : « Je reste », « Je reste en vie et j’honore ton destin », « Et maintenant, je continue seul(e) mon chemin ».

Et si vous avez des enfants, à qui vous avez peut-être dit secrètement : « Toi pour moi », vous leur dites maintenant : « Je te libère de moi ».

La culpabilité

Nous arrivons presque à la fin de cette matinée. Je vais dire une phrase : nous regardons notre culpabilité individuelle, personnelle ; et nous disons à cette culpabilité « c’est seulement avec toi que je deviens grand ».

Voilà pour cette matinée. Je propose de ne pas parler, de ne pas commenter avec les autres ce que vous avez vécu… Cela a sa place dans notre âme, cela ne regarde personne d’autre.

Séance de l’après-midi

Bert : C’est un cours sur les constellations familiales. Lorsque ce type de travail est proposé, il est d’abord présenté comme une psychothérapie, et en effet, beaucoup de facilitateurs sont des psychothérapeutes, et comme beaucoup de psychothérapeutes, ils se rapprochent du demandeur. Quel est le problème ? Le problème est généralement personnel, c’est-à-dire que le consultant a besoin de quelque chose pour lui-même.

S’agit-il toujours de constellations familiales ? Configure-t-on la famille ? Ou s’agit-il de configurer quelqu’un individuellement ?

Tel que Sophie et moi le proposons, ce n’est pas personnel ; et maintenant, ensemble, nous pouvons vous montrer ce que cela signifie. C’est quelque chose de totalement nouveau. Sophie et moi allons vous le montrer ensemble. Nous allons travailler avec une personne, mais en incluant tout le monde.

Les nouvelles constellations familiales

Bert : Qui a quelque chose d’important, un problème ?

Un homme se lève et s’assoit à côté de B. Hellinger.

Bert : Je ne l’ai pas regardé. Il est à côté de moi et je me mets en phase avec lui et je prends un représentant (Homme 1) pour lui. Nous ne savons pas de quoi il s’agit, nous ne lui demandons pas, lui non plus ne sait rien et vous (en s’adressant au représentant) vous laissez être déplacé de l’intérieur sans aucune intention personnelle. Intérieurement, tu vas maintenant être guidé par un mouvement… (temps)

Bert : Un autre homme (Homme 2) comme représentant et tu cherches ta place, tel que tu es guidé de l’intérieur.

Maintenant, une femme (Femme 1).

La femme s’allonge sur le dos, face au deuxième homme, à l’endroit où il dirige son regard (le deuxième homme regarde le sol et son corps est tourné vers la droite).

Bert : Nous pouvons voir qu’il a les poings serrés. Il s’agit d’un meurtre. Et maintenant, il peut aussi diriger son regard vers la femme.

Le premier homme attrape le deuxième par le cou.

Bert : Comment ça va maintenant ?

Le client : Un peu plus calme.

Le premier et le deuxième homme se regardent et s’étreignent. Le premier homme se fait plus petit.

Bert : (S’adressant au client) Savez-vous qui est le deuxième (Homme 2) ?

Le client : Je pense que c’est mon père.

Bert. Oui. Comment vous sentez-vous maintenant ?

Le client : Fort, je sens la force.

Bert : Tu as appris quelque chose de très important à ce sujet. Tu n’as besoin de parler à personne.

Bert : Qu’avons-nous vu ? C’est ça, les constellations familiales. Il ne s’agissait pas de lui. Il s’agissait de la famille.

Bert : Fermez les yeux. Regardons maintenant notre père ; il a une place dans notre âme. Peut-être avons-nous même voulu le tuer à un moment donné, comme nous avons pu le voir dans cette constellation.

Et maintenant, nous le regardons.

Il est grand, nous sommes petits. Ce n’est qu’à travers notre père que nous pouvons continuer notre chemin.

Était-ce une psychothérapie ? Non (réponse du public). Était-ce une constellation familiale ? Oui (réponse du public).

Bert : Sans que rien n’ait été dit à ce sujet, nous avons tous pu voir et observer ; ce qui était déterminant venait de la famille.

En configurant les représentants, le père a pu retrouver sa dignité. Avons-nous pu apprendre quelque chose sur son problème ? Je n’ai même pas posé la question, je ne l’ai même pas regardé. J’ai simplement choisi un représentant pour lui, sans savoir de quoi il s’agissait.

Nous pouvons voir ici les nouvelles constellations familiales. Nous nous sommes simplement fiés aux mouvements des représentants qui n’avaient aucune idée de ce qu’ils représentaient, tout comme moi. Tout venait du mouvement d’une autre force.